La saison 2 d’AHOÉ démarre comme un retour à la maison… mais dans une maison où plus rien n’est tout à fait à sa place, entre héritage empoisonné, patriarcat fauché et tantes stratèges.
L’épisode s’ouvre comme un long clin d’œil aux fans, avec un rappel drôle et ultra rythmé de la saison 1 : Eli, le « petit blanc » qui revient enterrer sa mère, les obsèques transformées en mission commando, le couple toxique Momo/Chanel, le scandale des 300 millions et la renaissance de Maman Charity. Ce résumé diégétique, porté par la voix du philosophe-zemidjan, permet de raccrocher tout le monde sans casser le flow, et installe d’emblée le ton : on va rire, mais on va parler très sérieusement d’argent, de famille et de pouvoir.
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ToggleEnam, boss mais toujours sous pression
Dans cette saison, Enam n’est plus seulement la sœur blessée : c’est la DG de Maman Charity, celle qui négocie sec avec les fournisseurs, assume les retards, gère les employées épuisées et défend Ayimolou Express comme un vrai produit star. L’épisode montre une femme qui a gagné en assurance, en autorité, mais que son entourage ramène sans cesse à son statut de « femme à marier », comme si son succès professionnel n’était qu’une parenthèse avant « le foyer ».
Patriarcat fauché : Cypri, la grenouille hors de son étang
Le personnage le plus explosif de ce début de saison, c’est Cyprien : ancien maître-chanteur de Charity, père amer, figure paternelle qui réclame sa « part d’héritage » comme un salaire à vie. Tout son arc dans l’épisode est un tir ciblé sur le patriarcat dépendant : il refuse de travailler, méprise le bénévolat, se sent humilié par la maison qu’il n’a pas choisie, mais considère l’argent de Charity comme un dû naturel, au nom de son statut d’homme et de mari « légitime ».
Mariage, dot et capitalisme familial
Le plan des oncles et tantes pour marier Enam le plus vite possible, non pas pour son bonheur mais pour encaisser une belle dot, est l’une des idées les plus acides de l’épisode. Le mariage devient littéralement un montage financier : un moyen de faire circuler l’argent de Maman Charity vers la « famille du père et de la mère », pendant que Cypri, en coulisses, instrumentalise même sa recherche de travail pour mieux obtenir sa part.
Humour, proverbes et réalisme social
Ce qui frappe, c’est comment l’épisode enchaîne vannes, proverbes et punchlines visuelles pour parler de sujets très lourds : précarité des enseignants, multi-emplois, épuisement des travailleuses, montée des groupes de restauration concurrents, et pression sociale sur les femmes seules. La mise en scène garde le style AHOÉ : beaucoup de dialogues, des métaphores savoureuses, une caméra qui reste proche des corps et des espaces du quotidien, renforçant cette sensation de série « pour nous, sur nous », pensée pour un public togolais et africain connecté.
Ce que cet épisode annonce pour la saison
Ce premier épisode annonce une saison 2 plus dense, plus adulte, où le deuil laisse place aux guerres de pouvoir autour de ce que représente vraiment Maman Charity : une entreprise, un héritage, mais aussi un champ de bataille idéologique. Si la saison 1 racontait le retour d’un binguiste et le chaos des funérailles, la saison 2 semble vouloir explorer la question : qui a le droit de récolter les fruits du travail d’une femme, une fois qu’elle n’est plus là pour se défendre ?